Note par Bernard Massip

Quel film magnifique que ce Romeria de Carla Simon, présenté à Cannes l’an dernier et qui vient de sortir en France ! Courez le voir tant qu'il est en salle.

Carla Simon, née en 1986 s’est retrouvée orpheline en 1993 et a été adopté par un oncle et une tante vivant de l’autre côté de l’Espagne. Le contenu du film est fortement autobiographique. Il raconte le voyage en Galice en 2004 d’une jeune fille de 18 ans, Marina, élevée en Catalogne par des parents adoptifs à la rencontre de sa famille biologique. La jeune fille, magnifiquement interprétée par Llucia Garcia, partage donc beaucoup de traits avec la réalisatrice.

Le film est une sorte de prolongement du premier long métrage de la cinéaste, Eté 93, sorti en 2017 qui racontait l’histoire d’une petite fille de six ans qui, après la mort de ses parents, quittait sa région pour rejoindre ses parents adoptifs.

Marina rencontre oncles, tante, grands-parents, cousins et reconstitue peu à peu, fragments par fragments, des éléments de l’histoire familiale en s’éclairant aussi par la lecture du précieux journal de sa mère qui l’accompagne partout. Elle fait preuve d’une grande détermination dans sa quête, tentant de s’y retrouver au milieu des contradictions et des non-dits qui ne manquent pas. La vérité factuelle est parfois difficile à saisir mais c’est justement dans ces trous de la mémoire que peut s’insérer un langage plus poétique et la création cinématographique.

La mise en scène est d’une grande fluidité. Les images s’envolent dans le mouvement des voiles et sur les ailes des mouettes comme lors de plus sombres déambulations lors des fêtes de Vigo dans les ruelles de la vieille ville. Le film n’hésite pas à s’évader dans le fantastique lorsque à la suite d’un chat mystérieux la jeune femme finit par rencontrer ses parents tels qu’ils étaient dans les années 80, merveilleusement libres et amoureux mais touchés déjà par les ravages de la drogue et du sida qui allaient les emporter. Elle montre la face sombre de La Movida, cette période festive et créative qui a secoué l’Espagne après qu’ait sauté la chape de plomb du franquisme. Mais il n’y a rien de pesant dans ce film constamment porté par l’allant de Marina, par son optimisme, par ce qu’on devine d’une vocation de cinéaste en train de s’affirmer.

La Romeria est une fête catholique où la foule va en un long cortège vers un sanctuaire de la vierge ou d’un saint. Le titre du film n’est pas de hasard, il est une bonne image de la quête initiatique dans laquelle se lance la jeune Marina.